Le Silence en Moi


De corps et d'esprits / lundi, janvier 8th, 2018

Les jeunes mamans et les femmes enceintes m’irritent.

Les femmes qui parlent sans cesse de grossesse et de leurs enfants me sortent des yeux.

Les publications Facebook/Twitter/Instagram sur les mamans et leur merveilleuses grossesses me rendent dingue.

Et surtout, je ne supporte plus celles qui me parlent de fertilité, de mon envie d’avoir un enfant. “Mais au fait tu essaie d’en avoir un ?”

 

S’il vous plaît, jeunes et futurs mamans, ne partez pas et restez avec moi, vous allez comprendre.

 

Ceci est donc un petit échantillon des émotions qui surviennent quand je vois passer ces sujets-là. Même sur les groupes des femmes diagnostiqués SOPK.

Mon premier rempart c’était une banderole, un message, comme crié dans un mégaphone à toutes celles qui viennent à moi, “JE NE SUIS PAS QU’UN UTÉRUS !”.

Je le sais, j’ai nourri ça, et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre pourquoi j’étais aussi énervée et irritée quand on m’en parlait.

 

Je suis la tata de trois supers neveux et une super nièce. Ce sont les enfants de mon frère. [Coucou mon frère 😀 !]. Longtemps j’ai nourri une rancoeur envers ma belle-soeur et la facilité déconcertante avec laquelle elle faisait ses enfants. Et aussi sa désinvolte manière de ne parler que de ça, partout, tout le temps.

Par égo, par orgueil je pense surtout, la jeune femme que j’étais se rassurait en se disant “elle ne sait faire que ça, elle ne sait parler que de ça, je suis bien plus intelligente”. Mais ça ne servait à rien, j’étais quand même énervée. Affreusement énervée. Et triste.

 

Qu’on soit d’accord entre nous, mon désir d’enfant n’est pas à l’ordre du jour pour diverses raisons indépendantes de cette histoire. Mais j’étais quand même énervée. Et triste.

 

Au départ j’ai construis un discours interne en me disant que le jour où ça arriverai, je construirai un citoyen, un être humain responsable, un adulte à en devenir qui saura prendre les choses en main et pas seulement un enfant qu’un jour je me serai dit “ah ouais ça serait chouette !”. Vous le sentez le discours d’écolo ?

J’ai longtemps fait cogiter cela, et encore aujourd’hui je le pense très fort. Mais alors pourquoi ?

 

Parce que ça sera compliqué.

Il y a quelques jours je vous disais “J’ai une aménorrhée secondaire et des anovulations”. Qu’est-ce que ça induit biologiquement ? J’ai peu de cycles dans l’année, dans la pratique ces dernières années j’en ai eu un ou deux par an. Et pour l’anovulation, c’est là où ça fait mal, ces cycles ne déclenchent pas toujours une ovulation.

Tout ça, qu’est-ce que ça induit psychologiquement ? L’idée que ça ne marchera jamais. Alors oui, rien est écrit, tout peut encore arriver. Il y a des traitements, des solutions, etc. C’est pas exactement l’idée que l’on se fait de sa maternité non ?

 

J’ai construit un rempart autour de moi, de mon utérus, comme pour nous protéger, nous empêcher d’être réellement malheureux. Car si mon idée que je me faisais de cet enfant est si compliqué, si impossible, c’est au final pour que cela n’arrive pas, que je ne le veux pas. Que je ne vois pas, que je n’écoute pas. Je ne voulais pas écouter le silence en moi.

 

En Décembre dernier j’ai eu la chance de participer au Worldwide Womb Blessing – une bénédiction de l’Utérus – guidée par Miranda Grey. Toute cette dimension spirituelle est extrêmement nouvelle pour moi, et je vous mentirais en vous disant que “Oh oui je ressens des trucs de folies en méditation”.

Je suis encore très novice, j’apprends tout les jours et j’ai voulu le faire pour voir, pour comprendre. Car je n’ai pas vraiment de cycle. Et que c’est basé sur le Cycle, sur le féminin sacré et sur la nuit de la Pleine Lune. Je serai sincère, au début je n’ai RIEN ressenti, ne serait-ce qu’une minuscule flamme, étincelle au plus profond de moi. Quelque chose qui s’apparente beaucoup à une toute petite décharge électrique, un peu comme quand on a un peu d’électricité statique.

Puis le silence. Uniquement le silence. Ce n’était pas le rien, c’était juste le silence, le calme plat. Et ce que je ne voulais absolument pas voir, ce que je ne comprends pas encore aujourd’hui car je l’intègre, je le digère à peine. C’est le silence en moi.

 

Plus tard j’ai pu discuter avec une femme d’une grande sagesse sur ça, sur cette sensation qu’elle ressentait aussi en moi. Comme elle disait “d’habitude, je ressens toujours quelque chose, un bruit, un mot, parfois même c’est le torrent, l’utérus a tellement de choses à dire. Mais chez toi, c’est le silence.”

 

Je me suis aussi battu contre cette pensée, c’est tellement pas moi !!! C’est injuste, c’est horrible, que puis-je faire contre le silence ? Mais vraiment, c’est un peu la mort, non ?

… Non, c’est différent des autres femmes, c’est tout.

 

Le silence c’est comme le sommeil, ça vit sur une autre dimension plus onirique, mais c’est bien là. Ça attend le réveil.

Comme la Belle au Bois Dormant … La Femme à l’Utérus Dormant.

 

Maintenant, à toi qui lit ces lignes, prends cinq minutes, une demi-heure, une heure… pour te poser juste en face de toi, que te dit ton corps à demi-mot que tu n’oses pas t’avouer. C’est le premier pas.

 

Avec tout mon amour,

 

L’Autre Morgane

 

[NB : Si tu souhaites participer au prochain Worldwide Womb Blessing, c’est le 31 Janvier 2018, et c’est ici que ça se passe : http://www.wombblessing.com/french-invitation.html ; c’est gratuit et tu peux même le faire en groupe 😀 ]

Crédits photo : tableau de la galerie du Musée de Picardie, Amiens, Avril 2017

2 réponses à « Le Silence en Moi »

  1. Le sujet de la maternité est très sensible je trouve, les gens en parlent sans savoir ce que pense/ressent/désire la personne en face ; un peu comme le sujet du corps, en y réfléchissant.
    Je trouve que toutes les questions que posent les gens à ce sujet sont extrêmement mal-venues, mais c’est personnel ; dès qu’on me demande quand est-ce que j’aurai un enfant j’ai ma tristesse et ma frustration au bord des yeux, du coup c’est une question qui me met en colère parce qu’elle me fait mal. Et encore, pour moi ce sont des conditions extérieures, dues à la situation que j’ai choisi, mais lorsqu’il s’agit de santé, de quelque chose que l’on n’a pas choisi, j’imagine que c’est encore plus frustrant.
    Je me reconnais beaucoup dans ta vision de construire un futur adulte qui améliorera le monde : pour moi, transmettre mes valeurs et mon éducation à mes enfants est la meilleure façon d’avoir un impact sur le monde, car ils pourront à leur tour avoir un impact sur les autres et créer un effet boule de neige, j’y crois très fort. Du coup, le plus important pour moi n’est pas tant de porter un enfant en moi, mais de partager mon amour et mes valeurs, et de donner du bonheur à un être ; même si je ne peux pas porter d’enfant, je sais que je serai mère quoi qu’il arrive. Je suis en train d’écrire un roman, je vais m’arrêter là x)
    Encore bravo pour ce nouvel article, en ce début 2018 tu brilles de milles feux, merci !

    1. J’aime bien quand tu dis « j’écris un roman » parce que ça me plaît de lire, et de TE lire aussi. Même si je ne suis pas la reine des commentaires, je me considère comme une fan-lectrice silencieuse qui apprécie, comme un bonbon, chacun de tes commentaires et de tes articles <3 !
      Ce que j'ai aimé "Du coup, le plus important pour moi n’est pas tant de porter un enfant en moi, mais de partager mon amour et mes valeurs, et de donner du bonheur à un être", parce que c'est vraiment ça que je veux, un jour peut-être. Je me suis dit au final, si ça n'est pas à travers un enfant que je transmet, c'est à travers vous, ça me fait du bien de le croire =)

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