« Mais non tu n’es pas grosse ! »

[ Podcast ici : https://youtu.be/yJo5dH_gItg ]

 

Quand j’étais collégienne, beaucoup de mes camarades m’assignaient les surnoms de baleine et de grosse vache. Quand ça n’était pas purement des insultes innommables ici.

 

Aujourd’hui, assez grande pour prendre du recul sur la situation, je préfère prendre ces noms avec philosophie. Qui n’a jamais apprécié le chant des baleines et leurs ballets entre l’eau et la surface de l’eau ?

Et, entre nous, depuis que j’ai pu regarder le superbe documentaire “Bovines”, je n’oserais plus jamais dire qu’une vache est grosse, moche et stupide (même si ça n’a jamais été le cas, que je pense cela d’elles).

 

Je me souviens quand j’étais cette même adolescente, quand nous passions nos vacances dans cette vieille maison de campagne. De l’autre côté de la petite route se trouvait un champ dans lequel se trouvait un troupeau de ruminants, d’ailleurs c’est toujours le cas aujourd’hui.

Quand j’étais cette ado, l’un de mes proches trouvait utile de me taquiner gentiment en me targuant d’un “Dis bonjour à tes cousines Morgane !”, en désignant les ruminantes qui nous regardaient.

 

Je ne te raconte pas tout cela pour que tu pleures sur mon sort, non tu sais comme je n’aime pas la pitié. C’est un sentiment qui ne rend ni meilleur celui qui la ressent, ni mieux celui qui la reçoit. En d’autres termes : pas très utile.

Pas de pitié donc, plutôt de l’empathie, je veux que tu comprennes la situation aujourd’hui.

Mon corps chéri n’entre pas dans les tailles standards et ce n’est pas un drame. Pas pour moi.

 

Aujourd’hui je le dis, je suis grosse. Ce n’est ni une insulte, ni une lamentation, ni même une glorification de l’obésité comme pourrait le dire certain•e•s. C’est un adjectif. Comme je te dirais que je suis petite car je fais 1m61, je te dis que je suis grosse car je fais 84 kg, que mon tour de hanche fait 126 cm et mes tour de cuisses 76 cm. C’est un fait et non une fatalité.

 

Alors pourquoi je te raconte mes déboires d’adolescentes alors même que j’assume cet adjectif, ce simple adjectif, aujourd’hui ? Il a fallu du temps pour se réapproprier le terme, terme qui est toujours négatif dans la bouche de la plupart d’entre nous. Alors qu’utiliser les termes petit•e, grand•e, mince et même maigre n’est pas un problème. Avez-vous déjà entendu un “espèce de sale maigre/grand•e/petit•e” ? Pourtant on a l’habitude d’entendre “sale gros•se”.

 

Quand j’en parle, quand je le dis on me dit “mais non tu n’es pas grosse, tu es pulpeuse/ronde/généreuse”. Le fait qu’utiliser des adjectifs synonymes c’est détourner le débat, je suis grosse et je me suis appropriée le terme. Je ne le dis pas pour me déprécier, ni pour vous inciter à me dire que je ne le suis pas.

 

Pourquoi je ne peux aller avec toi faire les boutiques ? Parce que je suis grosse et qu’ils font de la taille 36 à la taille 44, c’est un fait =) !

“Mais non t’es pas grosse”. Mais si. Et ce n’est pas un problème, je me fais mes propres pantalons.

 

Tu ne me crois pas ? Il m’en arrive des choses dans l’espace publique avec mon bassin plus large que le commun – pour utiliser des définitions détournées. Je me souviens une fois, en partant pour le boulot un matin, je me suis faite arrêtée par un homme qui sans un bonjour m’a dit “Oh toi vu tes cuisses tu devrais arrêter le Macdo’”. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres.

 

Est-ce que cela va m’empêcher d’être heureuse et d’utiliser l’adjectif grosse à mon égard ? Non.
Le pouvoir de cette personne sur moi, et de tous les autres, c’est moi qui le donne. C’est moi qui décide si cela doit m’atteindre ou pas.

 

C’est également moi qui décide le sens à donner aux mots me concernant. Je décide que c’est un adjectif qualificatif neutre et qu’utiliser des termes détournés comme ronde/pulpeuse/généreuse c’est nier la réalité pour éviter de me froisser. Mais ça me froisse que tu veuilles nier ce que je construis pour moi.

 

Tu décides du pouvoir que tu donnes. Toi et moi on ne le sait pas quand on commence la vie, quand adolescent•e on se fait nommer comme toutes sortes d’animaux. Et même en devenant adultes, beaucoup d’entre nous ne revenons pas sur ces noms, sur ces animaux, pour prendre le recul et se dire “Je décide qu’une baleine c’est un très bel animal, que je suis cette beauté”.

 

Mais alors cette personne qui t’arrête dans la rue, cette personne qui commente en te traitant de noms d’animaux, c’est quoi son problème ? Tu oses être toi, dans ton entièreté et dans ta beauté. Tu oses et par conséquent tu n’acceptes pas le “Rat Race” (pour utiliser les termes d’entrepreneurs). Si tu laisses le pouvoir à cette personne, tu donnes raison à sa propre douleur. Cette douleur qui dit “pourquoi moi je me fais du mal et pas toi”. Si tu lui donnes du pouvoir, tu disparais, tu te caches, tu acceptes d’être cet autre.

 

Pour reprendre les termes de la tribune sans fard “Iels ont peur de la différence, et iels ont peur d’être seul•e•s à souffrir.”

 

En fait tout cela c’est juste une nouvelle opportunité pour toi de porter un nouveau regard sur tous ces mots que tu as reçus, ou que tu reçois de te les réapproprier.

 

Toutes ces choses ça a été pour moi de voir la belle Baleine Velue que je suis. Une Baleine Velue au Pays des Poissons Clowns.

 

Avec tout mon amour,

 

[NB : tout commentaire à caractère agressif, violent, me proposant une aide, des solutions pour maigrir ou pour m’expliquer pourquoi je suis en mauvaise santé sera automatiquement supprimés 😉 ]

[NB2 : documentaire “Bovines” https://www.youtube.com/watch?v=0sUCx2cP3CQ ]

[NB3 : “Rat race (littéralement course de rat) est une expression anglophone désignant une course sans fin, auto-destructrice ou inutile. C’est une forme de précipitation et de « fuite en avant ». Elle est basée sur l’image d’un rat de laboratoire essayant de s’échapper en parcourant un labyrinthe ou une roue.

La Rat race symbolise la course de l’homme moderne après le temps, un meilleur salaire, un meilleur statut social, pour au final consommer afin de compenser le vide existentiel qui subsiste. Cette notion est souvent opposée à celles de liberté financière et d’indépendance financière.” Ici je l’utiliser pour manifester la course pour coller le plus possible aux diktats de beauté actuelle dans la société occidentale. ]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *